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Dernière modification : 3 avril 2017

De l’espace au temps
Cadres de référence et interférences culturelles

Benjamin FAGARD – Lattice
2012-2017

 Résultats scientifiques

 

Nos résultats préliminaires confirment dans les grandes lignes la typologie distinguant les langues à satellites des langues à cadre verbal (satellite-framed et verb-framed, cf. notamment les travaux de Talmy et Slobin), et indiquent que cette dernière rend compte de manière relativement satisfaisante d’une opposition entre les deux groupes de langues, mais qu’elle occulte en partie l’existence d’un troisième groupe (les langues ‘du troisième type’ comme le thaï), dont le statut a été largement débattu. De plus, nos résultats indiquent également qu’il y a une variation importante au sein de chaque groupe (Fagard et al. 2016), qui devraient amener à raffiner la typologie dans le sens d’un continuum. Il semble que nous avons ainsi mis au jour une faiblesse de l’approche typologique dominante, et nous comptons réorienter partiellement le projet de recherche en fonction de ces résultats (sans perdre de vue si possible l’objectif initial d’étude des rapports entre espace et temps) : un de nos objectifs est désormais d’étudier les variations entre langues proches génétiquement et géographiquement, et d’interroger ainsi l’importance du contact linguistique.

Enfin, il semble que certaines langues posent un réel problème à la théorie de Talmy. Ainsi, le serbe présente clairement la structure d’une langue à satellites, mais les données récoltées montrent un comportement proche des langues à cadre verbal de notre corpus (Fagard et al., soumis).

L’analyse du serbe, et du hongrois qui semble présenter un comportement assez proche, pose effectivement problème, puisque l’idée de base de Talmy est que le fait d’avoir à disposition un satellite pour exprimer la trajectoire libère le verbe, qui « attire » alors naturellement l’expression de la manière. Dans ces deux langues, d’après nos données, il n’en est rien, et les locuteurs ont souvent recours à un verbe de mouvement « de base », ou neutre, du type aller : izlaziti, que l’on pourrait gloser par « hors.aller », dans l’exemple (1).

(1) čovek izlazi iz šume
  homme.NOM.SG hors.aller.PRS.3SG hors.de forêt.GEN.SG
  « Un homme sort de la forêt »

Une hypothèse pour expliquer cela serait l’existence d’effets aréaux, ou de traditions discursives, qui primeraient sur la possibilité d’expression de la manière. La comparaison avec le roumain, le grec ou d’autres langues proches pourrait apporter des réponses.

Concernant le « mouvement fictif », nous montrons (Stosic et al. 2015) que l’approche expérimentale doit être complétée par une approche contrastive sur corpus, et les problèmes posés par cette double approche. Travaillant sur un corpus de traductions, nous avons montré d’une part que la part du mouvement fictif dans les emplois des verbes de mouvement est assez faible, pour les six langues étudiées (français, italien, allemand, anglais, polonais, serbe). Nous avons montré également qu’il semble y avoir une variation assez grande entre différents sous-types de mouvement fictif, certains étant assez fréquents, d’autres beaucoup moins. Enfin, nos résultats indiquent que le mouvement fictif n’est pas toujours traduit comme tel – il peut être rendu, par exemple, par un verbe existentiel – et qu’un des facteurs en jeu est le type de mouvement fictif. Pour deux sous-types de mouvement fictif, notamment, la tendance à la traduction est particulièrement forte, ce qui pourrait indiquer que ces types sont davantage motivés cognitivement. Il s’agit des voies de communications (exemples 2 et 3) et des phénomènes sonores et visuels (exemples 4 et 5) :

  • (2) La route s’enfonce dans la forêt
  • (3) Le pont traverse le précipice
  • (4) Le bruit parvient jusqu’à moi
  • (5) Le soleil nous tombe sur le dos

 

 

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