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Dernière modification : 29 avril 2019

« Je vous salue Joseph »

Colloque international réuni par Anne-Catherine Baudoin & Carlo Ossola

  Sommaire  

 

 Samedi 18 mai

École normale supérieure, salle Dussane

 

9h30

Présidence de séance : Carlo Ossola, Collège de France

 

Emanuela Fogliadini (Faculté de théologie de l’Italie septentrionale)

Joseph dans l’ombre ? Le fiancé de la Vierge Marie dans l’iconographie byzantine

Dans l’iconographie byzantine, Joseph — désigné comme le fiancé de la Vierge Marie — apparaît en position décentrée voire marginale, quel que soit le sujet de la scène où il figure comme motif. Un tel choix reflète la position particulière de Joseph face à la Theotokos et au Christ. Les évangiles apocryphes (le Protévangile de Jacques et l’Évangile du Pseudo-Matthieu) rapportent que Marie fut confiée par les prêtres à Joseph pour qu’il en protège la virginité. Une telle mission explique les scènes rares mais riches de sens théologique que sont celles des Reproches de Joseph à Marie et de l’Épreuve des eaux amères.

Joseph fut aussi par la suite le gardien du Christ. Par rapport à lui, il fera son devoir de père en le faisant circoncire et en le présentant au Temple, en le protégeant quand Hérode le menacera de mort, et en se souciant de lui, comme adolescent, lors de la Pâque à Jérusalem.

L’iconographie byzantine, reflet de la tradition théologique, fut attentive à traduire visuellement le message doctrinal chrétien. Dans la scène de la Nativité du Christ, Joseph est représenté dans un angle, souvent pensif, afin de manifester qu’il n’a pas de part à la conception du Verbe de Dieu et en même temps qu’il assume pleinement son rôle exceptionnel de mari et de père. Lors de la présentation du Christ au Temple, de la Fuite en Égypte, du retour d’Égypte de la sortie à Jérusalem pour la Pâques, Joseph est le plus souvent placé quelques pas derrière la Vierge et le Christ.

Homme de songes, qui lui indiquent la voie divine à suivre, silencieux selon les évangiles canoniques qui n’en rapportent pas une seule parole, Joseph manifesta sa paternité à travers toute la vie cachée : célébré dans la liturgie comme le plus grand saint du ciel, après la Mère de Dieu, il brilla dans l’iconographie byzantine par son rôle, qui ne fut secondaire qu’en apparence.

 

Victoire Malenfer (École normale supérieure)

Faire parler le silence. Enjeux et limites de l’éloquence épidictique dans les Panégyriques de saint Joseph de Bossuet

Dans le contexte d’une dévotion française à saint Joseph tardive, mais croissante, Bossuet prononce deux panégyriques du saint, l’un devant le cardinal Barberini en 1657 et l’autre devant la reine mère en 1661. L’originalité de ces textes réside dans leur caractère de méditation théologique : l’art oratoire supplée aux lacunes du texte biblique par la contemplation du mystère de l’Incarnation et le portrait de Joseph comme dépositaire privilégié dans le premier texte, modèle de simplicité et de discrétion dans le second. Le dépouillement inhérent à la figure du saint est donc traité avec plus de radicalité dans le second panégyrique et confronte Bossuet à une exigence rhétorique d’amplification. La structure des sermons prend toujours soin d’articuler la sagesse des desseins de Dieu sur ce « père au milieu des temps » et l’exhortation morale et spirituelle : l’éloquence de Bossuet tire donc des difficultés de son sujet une réflexion ample sur les particularités spirituelles et affectives de la sainte Famille, espace concret de préparation du salut, et exemple de la pratique des vertus.

 

François Dupuigrenet Desroussilles (Florida State University)

« Joseph est bien marié ! » : saint Joseph modèle des maris dans la piété baroque du XVIIe siècle français

Les « Salutations à saint Joseph » de Jean Eudes (1601-1680) sont une des nombreuses prières que l’oratorien composa à l’occasion de la centaine de missions qu’il prêcha entre 1632 et 1676, et l’une des plus répandues. À partir d’un commentaire de ce texte, dont l’incipit est « Je vous salue Joseph », et de cantiques dont le célèbre noël d’Eustache du Caurroy « Joseph est bien marié ! », repris par Marc-Antoine Charpentier dans sa messe de minuit, ma communication confrontera l’image de saint Joseph comme modèle du mari chrétien dans la piété baroque – selon l’expression de Michel Vovelle –, telle que nous la font connaître les catéchismes missionnaires de la Contre-Réforme française, avec les textes des théologiens de l’école française de spiritualité sur la trinité terrestre – notion apparue avec Jean Gerson mais qui prend toute son extension aux XVIe et XVIIe siècle, surtout saint François de Sales, auteur d’une prière à saint Joseph, et Bérulle, le maître de saint Jean Eudes.

 

Dominique Iogna-Prat (École des hautes études en sciences sociales)

Joseph et la Sainte Famille catholique au XIXe siècle : une paternité et une masculinité paradoxales

« Je vous salue Joseph » : l’outrance de la formule, non canonique, en dit long sur le succès foudroyant du culte de saint Joseph dans le catholicisme de la reconquête ecclésiale au XIXe siècle. Comment comprendre ce succès à une époque de féminisation du culte, avec, entre autres, une affirmation outrancière de la mariologie et de la mariophanie qui confinent à la mariolâtrie ? Dans quelle mesure les nécessités pastorales de la famille chrétienne mises en scène dans l’idéal d’une « Sainte Famille » ont-elles contribué à la réaffirmation, à travers Joseph, d’une figure masculine et paternelle ? Comment comprendre l’émergence quelque peu paradoxale de la « joséphologie » à l’âge de la déferlante mariale ? Et avec quelle portée proprement ecclésiologique ?

 

14h30

Présidence de séance : Ghislain Waterlot, Université de Genève

 

Daniele Menozzi (Scuola normale superiore di Pisa)

De patron de l’Église universelle à modèle des travailleurs : la dévotion à saint Joseph au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, sous la pression de l’hégémonie de la culture catholique intransigeante, se produit un processus de politisation des dévotions, qui sont chargées de diffuser parmi les fidèles l’aspiration à une société chrétienne opposée à la société moderne. Le culte à saint Joseph, en raison de sa popularité, participe à ce processus général. C’est d’abord Pie IX qui promeut une transformation de l’image du saint : de patron de la bonne mort il devient le patron d’une Église qui est menacée par la « révolution » apportée en Italie par le Royaume de Sardaigne. Il s’agit de susciter une piété capable de contrecarrer les objectifs de ceux qui, sous prétexte de l’unification nationale, visent en réalité à supprimer la souveraineté du pape, seule garantie de sa liberté, et à introduire dans la péninsule les principes de 1789. Léon XIII, dans le cadre d’une modernisation de la présence de l’église dans la société, attribue un sens différent à la dévotion au saint. Le plus grand danger de la modernité vient maintenant du socialisme : la piété pour saint Joseph est donc présentée comme le moyen de diffuser le modèle de ce vertueux ouvrier catholique que la doctrine sociale de l’Église voit comme le remède aux maux engendrés par la révolution industrielle.

 

Isabelle Saint-Martin (École pratique des hautes études)

Joseph ouvrier, époux de la Vierge et père bienveillant : une présence affirmée dans l’art et le vocable des églises (XIXe-XXIe siècles)

Accompagnant le développement du culte de saint Joseph et son expansion dans la foulée de la mariologie triomphante, une riche iconographie confère une place toujours plus grande au patron de l’Église universelle. Si elle reprend des modèles et des rôles fixés antérieurement, elle connait une amplification et une diversification qui en viennent à faire de l’humble Joseph une figure rivale de son illustre épouse. Sa présence s’affirme dans le vocable des églises tout au long du XXe siècle, et le pape François, qui lui a consacré la cité du Vatican, lui voue une dévotion particulière depuis le début de son pontificat inauguré le 19 mars 2013, jour de la Saint-Joseph.

Guilhem Causse (Centre Sèvres, Facultés jésuites de Paris)

Joseph à l’écran : du rôle à l’homme

Les représentations de Joseph au cinéma sont rares, les réalisateurs préférant, lorsqu’ils filment la vie de Jésus Christ, la Passion à l’enfance. Des exceptions notables existent cependant : La vie et la passion de Jésus Christ de Lucien Nonguet et Ferdinand Zecca, un film de 1902-1903, Il Messia de Roberto Rossellini en 1975 et Jesus of Nazareth, de Franco Zeffirelli en 1976. Sans oublier le plus célèbre, Il Vangelo secondo Matteo de Pier Paolo Pasolini, de 1964. Si les premiers tendent à illustrer, voire compléter les récits évangéliques – du film de 1902, suite de tableaux réalisés à partir des gravures de la Bible illustrée de Gustave Doré, à la production de Zeffirelli qui, sur sept heures de film, en consacre une entière à Joseph – le dernier est une œuvre qui frappe par son dépouillement et son extrême fidélité au texte de St Matthieu. Depuis le début du XXe siècle, les figures de Joseph portées à l’écran le montrent dans une foisonnante diversité de rôles. Une seule pourtant, celle de Pasolini, nous fait voir, par-delà le rôle dans une histoire – fût-elle sainte –, celui qui l’incarne, un homme, tout simplement.

 

Anne-Catherine Baudoin (Université de Genève)

Conclusions

 

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