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Dernière modification : 25 avril 2016

L’héritage germanique dans l’approche du décor antique

Hélène ERISTOV – AOrOc
2012

  Sommaire  

 Bilan

Théories

Le présupposé de la prééminence de l’art grec, dont l’art romain ne serait qu’un pâle reflet a causé une grande déception lors de la découverte, au XVIIIème s., d’une peinture bien éloignée des chefs-d’œuvre attendus. S’est donc développée une approche spécifique héritée de la « Kopienkritik » visant à retrouver, au-delà des répliques, les caractères d’un original perdu (A. Allroggen-Bedel). Un second présupposé concerne la notion de style à travers les « styles pompéiens » classifiés par August Mau (1882). Cette notion s’inscrit dans un contexte particulier qui va de Goethe à Riegl puis à Wölfflin. L’œuvre de Gottfried Semper prend une place essentielle (I. Kalinowski). Dans tous les ouvrages de cet architecte de la fin du XIXème siècle, la question fondamentale est de comprendre le rapport qui unit architecture antique et usage de la polychromie, d’interroger les raisons la préciosité des matériaux et la place relative de la peinture murale à la fois avec le tableau de chevalet et avec le tissage.

 

Instruments

L’héritage sur lequel nous continuons à vivre est constitué d’instruments de diffusion : encyclopédies, catalogues et répertoires, reflètent une pensée systématique et rigoureuse qui tend à inscrire l’histoire de l’art dans les sciences humaines. Dès le milieu du XVIIIème s. en Allemagne, les encyclopédies jouent un rôle majeur dans le cursus universitaire (S. Maufroy). Puis des instruments de travail proprement archéologiques se constituent à la fin du XIXème s. Ils sont thématiques avec W. Helbig (1868), architecturaux avec H. Nissen (1877), topographiques avec K. Schefold (1957). Dans cette même lignée la photothèque du Deutsches archäologisches Institut de Rome (DAIR) collecte, à partir de 1920, les archives photographiques et restera, jusqu’aux années 1980, la seule source documentaire des recherches iconographiques (N. Blanc et F. Gury). Originaux quasi-mythiques, les peintures murales réalisées au Vème s. av. J.-C. par Polygnote dans la Lesché des Cnidiens à Delphes, connues par la description de Pausanias, font l’objet, dès 1805, d’essais de restitution par les frères Rieppenhausen, plus artistes qu’archéologues. L’exercice devient ensuite classique pendant tout le XIXème s. (E. Décultot).

 

Acteurs

L’un des apports de la table-ronde a été la mise en évidence de figures-clés non seulement dans la transmission des savoirs, mais dans les interactions et les influences entre des personnalités d’horizons divers, toutes, néanmoins, marquées par la culture germanique. Emblématique par sa place dans les cours européennes, la margrave de Bayreuth est l’une des victimes d’un faussaire, Giuseppe Guerra, qui fabriquait de fausses peintures antiques. Mais au-delà de cette mésaventure, le journal et les lettres de la margrave constituent un précieux témoignage sur le réseau des antiquaires, des savants, des intermédiaires et des marchands actifs entre Rome et Naples au milieu du XVIIIème s. (D. Burlot). Si la réception des antiquités est, au départ, largement marquée par des présupposés, il en va différemment un siècle et demi plus tard avec Michael Rostovtzeff (1870-1952) qui apprend auprès de N. P. Kondakov une méthode iconographique tendant à remonter des copies à l’original. Le concept de type et la typologie formelle s’introduisent ainsi dans l’archéologie russe et préparent Rostovtzeff à la rencontre avec August Mau. A Rome avec Ch. Hülsen, W. Amelung, E. Petersen, à Athènes avec W. Dörpfeld, à Vienne avec O. Benndorf, Rostovtzeff tisse des liens étroits, confortés par une même exigence méthodologique (I. Tunkina). C’est encore cette méthode que les premiers archéologues bulgares acquièrent en Allemagne, en France et en Russie, lorsque la Bulgarie, à la fin du XIXème s. sort du joug ottoman (J. Valeva).

 

Ces tendances se prolongent et s’infléchissent au XXème s. avec l’ « Ecole hollandaise » représentée par H. G. Beyen, puis W. J. Th. Peters et F. L. Bastet (E. M. Moormann). Enfin, vue du limes germanique, l’étude des peintures et des mosaïques romaines en Suisse, en Allemagne et en Autriche, quoique longtemps parent pauvre des études classiques, vise à l’exhaustivité avec W. Drack puis Kl. Parlasca, A. Linfert, R. Thomas, puis R. Gogräfe, M. Fuchs, Y. Dubois et S. Delbarre-Bärtschi, qui appliquent aux vestiges de peintures murales et de mosaïques provenant des provinces de l’Empire des méthodes désormais éprouvées (M. Fuchs).

 

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