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Dernière modification : 22 mars 2015

Archives d’un médiéviste : André Pézard

Michèle GALLY – CAPHÉS
2014

  Sommaire  

 Bilan

 

Déroulement

Le colloque s’est tenu début décembre 2014 sur deux sites : le premier jour dans les locaux des Archives Nationales à l’Hôtel de Rohan, le deuxième jour à la Sorbonne, salle Bourjac. Il a regroupé quinze intervenants issus de différentes universités françaises et étrangères ou du CNRS et des écrivains. Les auditeurs ont évolué selon les moments d’une vingtaine à une quarantaine de personnes. Il faut rappeler, en effet, que l’objet de la rencontre concernant le parcours d’intellectuel, de savant et d’écrivain d’André Pézard, comportait deux grands volets d’ampleur inégale : le premier concernait le rôle du jeune Pézard pendant la guerre de 14-18 à travers son livre de témoignage et de mémoire « Nous autres à Vauquois », le second s’attachait à son œuvre et à sa carrière d’italianiste tout particulièrement de spécialiste de Dante. La première journée concernait donc davantage des historiens du contemporain et des spécialistes des récits de guerre ainsi que de l’autobiographie (d’où la présence de Philippe Lejeune) ; la seconde concernait des spécialistes de la littérature médiévale italienne et française et tout particulièrement de l’œuvre de Dante à travers ses différents textes du Convivio à la Divine Comédie.

 

Enjeux

Il ne s’agissait pas cependant d’un colloque sur Dante mais sur un de ses plus grands commentateurs et traducteurs français. Des exposés ont donc porté sur la grammaire de l’italien écrite par Pézard, aussi bien que sur ses études de la poétique de Dante et donc sur sa méthode d’analyse et d’interprétation, y compris sur les critiques et les oppositions qu’elles ont pu soulever. 

Il s’agissait en effet de dessiner le portrait d’un philologue complet (au sens que Renan donne à ce terme) qui sut imprimer une véritable orientation personnelle, quoique toujours strictement étayée, à la connaissance de Dante. La diversité des titres des interventions (voir programme) porte témoignage de cette ambition, et les analyses des intervenants ont permis de mieux saisir les diverses facettes d’une personnalité intellectuelle singulière malgré un parcours académique sans faute qui s’est achevé par une chaire au Collège de France. 

Cela étant, Pézard est essentiellement connu d’un public élargi par la traduction complète de Dante en français dans un volume de la Pléiade paru en 1965. Les partis-pris de traduction (des œuvres italiennes comme latines de Dante), le choix réfléchi et argumenté d’une langue française en partie archaïsante, la question de la lisibilité de celle-ci, sont au cœur du travail du grand spécialiste et des polémiques qu’il continue de susciter. Le dernier volet du colloque a donc été naturellement consacré aux problèmes de la traduction en langue moderne de textes non seulement de langue différente mais d’époque ancienne. A travers les différents exposés est mieux apparue la problématique centrale de ces entreprises de traduction : soit, à l’instar de leurs modèles, proposer une traduction « créative » et poétique qui demande un effort d’adaptation au lecteur comme le lui demande la lecture, en général, de la poésie ; soit rapprocher au maximum le texte ancien de l’univers linguistique du lecteur et ainsi le « moderniser » pour le rendre plus accessible et plus immédiatement compréhensible. Ces questions ne se posent pas seulement en français et l’exposé sur les traductions russes de Dante a prouvé qu’elles étaient universelles. Ainsi Pézard, comme Dante, est-il apparu (selon plusieurs intervenants) comme un « inventeur de langue » ou encore comme un « penseur de la langue ». L’analyse de Jean-Charles Vegliante, lui-même traducteur récent de la Vita Nova et de la Comédie,  a doublement cerné cette dimension essentielle du travail de Pézard comme ses limites.

 

Résultats

La cohérence de cette double vision que nous souhaitions avoir de Pézard (le jeune acteur et témoin de la guerre et le professeur médiéviste), a donc parfaitement été prouvée au cours de ces deux journées car la lecture des diverses parties de son œuvre a démontré comment les positions du Pézard plus âgé et philologue rejoignent, en les déplaçant, le choix de modes d’expression, l’aveu des difficultés à restituer une expérience douloureuse pour la rendre lisible à ceux qui ne l’ont pas vécue que rencontrait l’ancien combattant des tranchées. C’est que d’un bout à l’autre de son œuvre, deux traits fondamentaux apparaissent grâce à la relecture, globale, que nous avons collectivement tentée : l’inscription d’une sensibilité particulière jusque dans les travaux érudits, d’une subjectivité, au plus haut sens du terme, alliée à une collation minutieuse des pensées, des réflexions, des recherches historiques et linguistiques, dans des carnets de notes scrupuleusement classés. Or c’est à partir de ce riche matériau conservé désormais aux Archives Nationales que le projet et les axes de cette rencontre avaient été élaborés. C’est bien des papiers de Pézard, portant les traces de son travail attentif, de ses semi-confidences, de ses repentirs, que les intervenants se sont efforcés de comprendre l’œuvre achevée. C’est dans cette voie que nous aimerions continuer afin de compléter l’esquisse ainsi engagée de la figure du savant.

Le colloque, à nos yeux, a donc tenu ses promesses de poser les prémices de travaux plus complets et d’échanges à poursuivre, ce à plusieurs niveaux :

  • Il a souligné et illustré le caractère nécessairement interdisciplinaire de cette approche d’un profil intellectuel en rassemblant des spécialistes d’horizons différents (historiens, littéraires, linguistes, généticiens…) qui ont pu confronter leurs méthodes et leurs points de vue. La conférence de conclusion prononcée par Patrick Boucheron, historien médiéviste et actuellement organisateur des archives Duby, a illustré cette nécessité de faire dialoguer les disciplines et a témoigné de problématiques communes.
  • Cette rencontre opérée, en effet, et c’était là son enjeu essentiel, autour d’un matériau partagé, à savoir les archives de Pézard, conservées et classées par Elsa Marguin aux Archives Nationales, - matériau qui donne déjà lieu à des travaux de recherche (masters et doctorat) -, a suscité des projets nouveaux, ouvrant à une dynamique qui se porte autant sur la génétique des textes, que sur la traductologie comparée, ou encore la médiévistique et la connaissance – qui se développe chez les historiens et chez les littéraires médiévistes aujourd’hui -, des grandes figures intellectuelles de la discipline.
  • La richesse des débats, en particulier entre italianistes et francisants, trop rares dans notre travail universitaire sectorisé, a permis de nuancer des positions, de compléter des connaissances et des informations, Pézard lui-même ayant écrit des études sur la littérature médiévale française et parfait connaisseur de « l’ancien français » servant, là aussi, de modèle possible pour penser la langue vernaculaire et en comprendre la poéticité au-delà d’une saisie strictement grammaticale ou linguistique.
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