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Dernière modification : 6 avril 2017

Edgar Quinet, une conscience européenne

Colloque

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Edgar Quinet
Edgar Quinet
Sébastien-Melchior Cornu
c.1835, huile sur toile
Crédits : Musée Carnavalet / Roger-Viollet

28 & 29 mars 2017

Fondation Singer-Polignac

 

 

 

 

 

 Avant-propos

Edgar Quinet (17 février 1803 – 27 mars 1875), penseur précurseur du théologico-politique, historiographe majeur de la Révolution française, a apporté une contribution intellectuelle essentielle, mais encore sous-estimée (en dépit des travaux de François Furet, Claude Lefort, et de quelques autres), à la compréhension des mécanismes de formation des institutions et des régimes politiques, des liens entre le substrat religieux des sociétés et les pratiques de gouvernement. Penseur « européen » tant par ses expériences personnelles que ses attaches familiales, il a élaboré une approche profondément originale des « variantes nationales » de formation des Etats-nations et d’acculturation à la démocratie politique. Ses analyses de l’engrenage de la Terreur, arrimé à la sacralisation de la souveraineté absolue de l’Etat, fournissent un outil de compréhension fécond non seulement pour le « siècle des Révolutions » qu’il a traversé, mais aussi pour les crises et tragédies qui ont accompagné l’apprentissage de la démocratie dans l’Europe du XXe siècle.

L’Europe est restée une préoccupation majeure d’Edgar Quinet. Sa naissance et son enfance coïncident avec l’épopée napoléonienne, sur laquelle il méditera souvent ; il est adolescent au moment où commencent les révolutions issues de la recomposition de l’Europe lors du congrès de Vienne ; adulte, il participe à l’expédition de Morée et voit la Grèce accéder à l’indépendance en 1829 ; il soutient les partisans du Risorgimento au cours de leur long combat ; ami et collègue de Mickiewicz, il se préoccupe du sort de la Pologne ; son ouvrage Mes Vacances en Espagne comporte un volet politique très important, que le titre du livre ne laisse pas supposer ; ayant épousé en secondes noces Hermione Asaki, il se passionne pour les Roumains au point de leur consacrer tout un ouvrage. Il a quarante-cinq ans lors du « Printemps des nations » et, professeur au Collège de France, il nourrit sa réflexion de l’actualité observée et vécue. Historien, il explique le présent par le passé. L’avenir de l’Europe est pour lui un souci constant. Dans le chapitre « De la direction morale de l’Europe » (L’Enseignement du peuple, 1850), il montre que les dictateurs déclinent, le culte héroïque ayant récemment fait place à l’Histoire. La légende napoléonienne a cédé devant la réalité, et les pays d’Europe vont de façon irréversible vers la démocratie. Toutefois, Quinet ne fait preuve d’aucun angélisme : la Lettre sur la situation religieuse et morale de l’Europe (1856) le prouve, tout comme la troisième partie de France et Allemagne (1867), qu’il intitule « Point de vue de l’Europe ». Il y dénonce, après Sadowa, les « soubresauts de la conscience en des sens opposés », « l’Europe entière prise en flagrant délit de reniement », et en appelle à la vigilance, au sursaut de la « conscience publique », dans « l’éclipse de la conscience humaine » qu’il constate alors. Il voit les peuples soumis à la Prusse « entrer en Europe, par la porte basse. » Dès les années 1830, cet excellent connaisseur de l’Allemagne a compris que l’unité allemande se réaliserait contre la France, ce qui l’a prémuni contre les illusions de la plupart de ses contemporains, admirateurs d’une Prusse réputée incarner l’esprit de liberté et le culte de la science. Et il rappelle, du fond de son exil, ce qui fait un peuple libre : « conscience du droit, fierté, dignité, caractère ».

Quinet n’a cessé de défendre le système des nationalités et le génie national ; il a lutté sans relâche contre l’esclavagisme moral ; il a réfléchi aux fondements des sociétés modernes, en premier lieu aux origines de la laïcité, réclamant très tôt une séparation de l’Eglise et de l’Etat qui ne se concrétisa en France que trente ans après sa mort, tout en considérant la religion comme « l’idéal vers lequel tend une nation et qu’elle réalise de plus en plus dans ses institutions civiles ».

 

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