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Dernière modification : 20 janvier 2017

Le pragmatisme dans les sciences sociales : traditions, usages, nouveaux défis

École thématique CNRS 2015

  Sommaire  

 Sujets des séminaires

 

 

 

 

Roberto Frega, Roberto Gronda, « Le pragmatisme comme philosophie sociale et politique »
La philosophie sociale et politique pragmatiste jouit aujourd’hui d’un véritable regain d’intérêt qui investit les théories de la démocratie et des institutions, ainsi que les théories de la société qui sont à la base de notre compréhension du politique. Cet atelier, consacré à la philosophie sociale et politique pragmatiste, se propose d’approfondir les principales lignes théoriques qui structurent ce débat au sein de la tradition pragmatiste. La première partie de l’atelier portera notamment sur les conceptions pragmatistes de la démocratie qui ont été développées par John Dewey, Jane Addams, et Mary Parker Follett. La seconde partie sera consacrée à la philosophie sociale de John Dewey, à partir de la présentation, lecture et discussion des cours de philosophie sociale et politique donnés par Dewey en Chine en 1921, dont le manuscrit original vient d’être retrouvé.

Alexandra Bidet, Carole Gayet, Erwan Le Méner, « Analyser l’expérience citoyenne : quels apports du pragmatisme ? »
Le workshop s’interrogera sur les manières possibles de penser la citoyenneté comme expérience. En quoi la tradition pragmatiste peut-elle nous aider à saisir les dimensions temporelles, situées et incarnées du rapport aux autres et au monde, et à porter une attention particulière aux formes et aux enjeux de l’engagement (en) public ? Quels appuis une ethnographie de la citoyenneté peut-elle trouver dans les sociologies qui s’inspirent de cette tradition ? Il s’agira de se pencher sur des textes classiques de la philosophie pragmatiste pour examiner les pistes qu’ils peuvent offrir à un tel projet, qui implique de retravailler les notions d’expérience, de citoyenneté, de publicité, mais aussi les relations entre perception, émotions, évaluations et action. Ce workshop s’appuiera sur des enquêtes empiriques en cours pour mettre à l’épreuve ces différentes pistes d’analyse.

Sandra Laugier, Sarin Marchetti, « Quelques conséquences nouvelles (ou pas) du pragmatisme : approches hétérodoxes en éthique et en politique »
Ce séminaire se propose d’introduire les participants aux théories éthiques dans la philosophie américaine, afin d’en montrer les principaux éléments d’originalité. Dans cet atelier on se propose ainsi de montrer dans quel sens on peut parler d’une « autre » philosophie politique américaine, irréductible aux courants libéraux ou républicains qui en ont traditionnellement constitué la charpente. On montrera donc comment le pragmatisme, avec son ancêtre transcendantaliste et son héritier wittgensteinien, est actuellement une source de renouvellement et d’hétérodoxie dans le domaine éthique et politique. On se demandera aussi quels sont les traits commun de ce courant « américain », pour pouvoir enfin se demander si les diverses formes actuelles de ce renouvellement sont réellement compatibles.

Antoine Hennion,« La sociologie face à la valeur des choses : un retour croisé sur l’ANT et sur La Volonté de croire »
Dans les années 1980-90, Michel Callon, Bruno Latour et d’autres formulent une version des STS (Science and Technology Studies) caractérisée par une série de postulats radicaux, notamment une ontologie relationnelle, le principe de symétrie, les notions d’épreuve et d’association. La sociologie de la traduction (l’ANT des Anglo-américains) faisait ainsi écho à des principes déjà défendus par des auteurs pragmatistes, sans faire de référence explicite à ce courant jusqu’aux années 2000. L’atelier se propose de discuter les rapports à la fois historiques, théoriques et empiriques qui peuvent être faits entre ces courants, tous deux marqués par une tension forte avec des hypothèses fondatrices de la sociologie. Il ne s’agit pas de certifier ou d’invalider des conformités, mais de mesurer ce que chacun peut éclairer des propositions faites par l’autre, et de se demander notamment en quoi le pragmatisme relu aujourd’hui peut aider à mener des enquêtes qui osent interroger la valeur des choses, et non simplement interpréter les valeurs comme des faits sociaux, selon les compétences reconnues de la sociologie. Pour cela, on partira de deux textes très différents, tous deux extrêmes à leur façon : le fameux texte de Callon sur les coquilles St-Jacques (1986), où il exposait méthodiquement le modèle de la traduction, ces hypothèses ayant suscité des débats houleux chez les sociologues ; et d’autre part « La vie vaut-elle d’être vécue ? », un chapitre de La Volonté de croire (1897), sans doute le livre le plus personnel et engagé de William James, choisi justement parce que, interrogeant la croyance, il le fait en les termes le plus éloignés qui soient de ceux d’un social scientist. L’idée est de mettre la sociologie à l’épreuve de textes qui la heurtent de façon vigoureuse, pour s’interroger sur de possibles révisions.

Daniel Cefai, Joan Stavo-Debauge, « Politique et enquête en sciences sociales : en quoi la réception des pragmatismes fait-elle une différence ? »
Pourquoi le pragmatisme ? Et comment ? Quels sont les éléments du pragmatisme qui ont été reçus et repris en sciences sociales en France ? Et qu’ont-ils permis de voir, de dire ou de comprendre de nouveau par rapport à ce qui précédait ? Dans ce séminaire, nous nous efforcerons de passer en revue quelques moments de cette réception (en particulier au CEMS et au GSPM, mais aussi dans d’autres contextes) et de rendre compte de quels auteurs et quels textes ont été lus, ce qui en a été retenu, par qui et pour en faire quoi. En particulier, nous nous demanderons ce que la lecture de Peirce ou Dewey, Mead ou Park, et de quelques autres auteurs moins cités, a apporté à une conception du politique et comment elle a été mise à l’épreuve dans des enquêtes sur les espaces publics et l’expérience urbaine, les mobilisations collectives et les problèmes publics, les publics médiatiques et les controverses autour de la religion, les micro-politiques du trouble… En retour, nous nous demanderons en quoi des recherches contemporaines en sciences sociales permettent d’enrichir les conceptions du public, de l’expérience ou de l’action qui étaient celles des pragmatistes du début du XXe siècle.

Mathias Girel, Albert Ogien, « Doute, ignorance, enquête : les éléments d’une épistémologie pragmatiste »
Dans ce workshop nous allons présenter quelques éléments constitutifs d’une épistémologie pragmatiste (en particulier sur la question de la vérité et du doute) pour en montrer ensuite certaines applications plus empiriques, notamment dans le cadre de l’étude des controverses scientifiques. La publication récente en français de Golden Holocaust de Robert Proctor et les batailles autour du problème public des effets du tabac seront l’un des points d’entrée dans ce dossier. Le développement d’une réflexion sur l’agnotologie et sur les « faiseurs de doute » (doubt-mongers) montre à la fois la pertinence d’une réflexion pragmatiste pour ces questions et sa puissance de critique politique de certaines « perversions/ pathologies » du public, de l’enquête et de l’argumentation.

Stéphane Madelrieux, Claude Gautier, « L’influence de Darwin sur le naturalisme des pragmatistes »
Dewey voyait dans l’Origine des espèces l’incarnation d’une manière radicalement nouvelle et critique de penser et de débusquer les faux problèmes. Cette influence, à ses yeux, ne devait pas consister dans une thèse spécifique comme le darwinisme social ; elle devait impliquer les principes d’une méthode de pensée, les habitudes d’une reconstruction généalogique des problèmes. Cette méthode devait à son tour bouleverser en profondeur notre manière de poser et de résoudre les problèmes logiques de la connaissance, les questions morales et politiques. Nous souhaiterions donc, dans cet atelier, revenir sur l’importance de cette « influence » de Darwin pour en mesurer les effets sur ce que l’on désigne habituellement par le « naturalisme » des pragmatistes. Nous nous efforcerons, également, d’en mesurer la portée et la fécondité sur la manière non moins radicale et non moins critique de poser certaines des questions propres à la philosophie morale et politique.

Nicolas Auray, Sylvaine Bulle, « Entre emprises et milieux « rebelles ». Pour une sociologie des prises critiques »
Qu’ajoute une approche pragmatique et pragmatiste (de Dewey à Chateauraynaud) à la sociologie des mouvements sociaux et à la sociologie critique ? Nous partirons de nos corpus d’enquêtes pour interroger le mouvement critique et sociologique à l’œuvre dans un certain nombre de mouvements « de contestation ». On examinera notamment la rupture descriptive entreprise par ces mouvements dans leur dimension de gestualité et de directéité, la constitution de milieux propres à un agir critique et prenant appui sur des environnements menacés et réévalués et, enfin, la mise à l’épreuve des Etats et la catégorie du politique par des communautés d’enquêteurs.
On mobilisera d’une part des terrains ouverts depuis 2011 où les institutions du pouvoir sont remises en cause à travers une critique radicale. L’enquête y suit des mobilisations prenant place dans des lieux où l’Etat est contesté et où existent des disputes : Roumanie (mobilisation de Rosia Montana), tribunal populaire en Israël, « alter-occupations » (Israël et Territoires Palestiniens)
On s’appuiera d’autre part sur une enquête menée sur le mouvement des « makers » (des lieux dédiés à l’apprentissage (Hacker Schools) et un collectif de travail par projet de forme communautaire destiné à lutter contre la surveillance de masse de l’Internet (TOR)). Ce mouvement magnifie le lien entre la recherche d’autonomie et les utopies concrètes à travers la construction, pour évaluer les personnes et leurs activités, d’épreuves relâchées. L’enquête se demande ici dans quelles conditions s’édifient des passages entre ces activités (proches du bricolage) et une critique, du marché ou du capitalisme.

Joan Stavo-Debauge, Philippe Gonzalez, « Religion et pragmatisme : une lecture deweyenne et deux enquêtes »
Notre intervention commencera par revenir sur les courts textes de John Dewey récemment traduits dans le dernier volume de « Raisons pratiques », Quel âge post-séculier ? Nous évoquerons les raisons qui ont présidé au choix de ces textes et restituerons le contexte intellectuel, politique et social au sein duquel les interventions de John Dewey prenaient place. Ces interventions visaient à garantir la primauté de la « méthode de l’enquête » à l’encontre du regain d’un surnaturalisme émanant d’acteurs visant à fonder l’ordre social sur une morale et une ontologie religieuses. Dans un second temps, nous montrerons les prolongements de ces populismes théocrates, et notamment la cristallisation de leur cause autour du créationnisme, dès le début du 20e siècle et jusqu’à nos jours. Ces acteurs jouent un rôle éminent dans la politique américaine et favorisent la globalisation d’un intégralisme religieux réactionnaire. Nous mêlerons ainsi nos enquêtes respectives sur la fabrication du débat sur le « post-séculier » et sur la politisation des évangéliques autour « dominion », ou le mandat des chrétiens à dominer la société. Ces deux enquêtes convergent sur le rôle du créationnisme comme outil de fondamentalisation et comme véhicule de la désécularisation des appuis du jugement public.

 

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