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Dernière modification : 30 mai 2018

Maurizio BETTINI

Université de Sienne (Italie)
Invité de l’AOrOc – début 2019

Début 2019, le labex TransferS et Jean Trinquier (Département des Sciences de l’Antiquité de l’ENS / AOrOc) accueillent Maurizio BETTINI, professeur émérite de Lettres classiques au Centre Antropologie du monde antique de l’Université de Sienne.

 

Culture et mémoire à Rome

À Rome, selon la croyance populaire romaine, la mémoire d’un individu serait située dans le lobe de l’oreille. Cette image nous offre la possibilité de réfléchir sur l’un des traits les plus importants de la formation de la culture romaine, notamment archaïque, à savoir son lien avec l’oralité, avec la parole parlée. Si les Romains situaient la mémoire dans l’oreille, c’est parce qu’ils étaient encore conscients du fait que le corpus de connaissances hébergé dans chaque individu se constitue par voie aurale ; le patrimoine de la mémoire est formé en premier lieu par la sédimentation des dialogues, des monologues, des récits, des chants, des formules, des énoncés solennels, et non par des rangées de signes graphiques tracées sur une pierre, une tablette ou une feuille, là où il n’est plus question d’oreilles, mais d’yeux.

Quand donc nous nous intéressons au monde des Romains, il est très facile de commettre l’erreur d’ignorer la différence profonde qui sépare une société dans laquelle la mémoire était encore confiée aux oreilles d’une société où elle est en revanche confiée aux yeux – paroles entendues vs paroles lues. À partir du IIIe siècle avant notre ère, à Rome aussi l’écriture s’est affirmée progressivement dans les différents champs du savoir. Cela signifie-t-il pour autant qu’à partir de cette date la culture romaine a commencé à fonctionner de la même façon que les sociétés médiévale, renaissante et moderne ? Nullement. Les Romains ont continué à réserver à la parole parlée un espace significatif, et surtout autonome, à côté de celui occupé par la parole écrite. Des aspects fondamentaux de la culture – comme le droit, la coutume, la religion, l’espace, le temps, la production littéraire, et jusqu’à la recherche érudite – réservent en fait un rôle central à la parole parlée, selon des modalités qui diffèrent profondément de la façon dont ces mêmes manifestations culturelles ont été conçues au cours des époques suivantes. Le rôle fondamental joué par la « parole parlée » dans la culture romaine apparaît particulièrement clairement dans trois domaines importants, que nous nous proposons d’analyser : la conception du destin (fatum), celle de la norme sociale (fas), et enfin, surtout à l’époque archaïque, celles des formes phoniques qui permettent aux poètes de donner vie à leurs créations.

décembre 2018 :

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