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Dernière modification : 25 mai 2018

Kristel SMENTEK

Massachusetts Institute of Technology (États-Unis)
Invitée de l’IHMC – début 2019

Début 2019, le labex TransferS et Charlotte Guichard (IHMC) accueillent Kristel SMENTEK, maître de conférences en histoire de l’art au département d’architecture du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

 

Les objets de la rencontre : la Chine dans la France du XVIIIe siècle

En dépit du consensus répandu parmi les intellectuels sur le rôle fondamental exercé par la Chine dans les débats des philosophes des Lumières et des économistes politiques, les historiens de l’art ont eu tendance à marginaliser les rencontres du XVIIIe siècle avec l’art chinois, les classant généralement sous la rubrique « chinoiserie ». Inventé au XIXe siècle, le terme chinoiserie continue de véhiculer les connotations péjoratives datant de l’impérialisme, l’époque de son invention. Cette série de séminaires revisite les soi-disant objets de la chinoiserie, produits dans la France du XVIIIe siècle, les présentant comme des sites complexes de traduction culturelle où les différences entre l’art chinois et les arts européens ne sont pas banalisées mais au contraire, activement engagées.

Dans la France du XVIIIe siècle, comme partout ailleurs en Europe, les échanges interpersonnels entre sujets Qing et Français étaient rares. Les objets, plutôt que les hommes, furent ainsi les principaux vecteurs dans la rencontre sino-européenne, et c’est dans les objets que furent élaborés les plaisirs et les désorientations proposés aux Européens par la Chine et par son art. Pour ses observateurs, la Chine était un vaste empire et une entité politique incontestablement civilisés, jouissant de l’antériorité dans l’invention du papier, de l’imprimerie, de la porcelaine et de la boussole. Ainsi la Chine a-t-elle non seulement remis en cause l’idée de l’exceptionnalisme européen, mais elle a aussi montré qu’elle avait une histoire longue et respectable qui a remis en cause les récits bibliques sur lesquels les Européens fondaient leurs constructions de l’histoire du monde.

Les objets en provenance de la Chine furent inévitablement transformés – conceptuellement et matériellement – au fur et à mesure qu’ils pénétraient leurs nouveaux contextes de réception. Ces transformations enregistraient matériellement les incertitudes épistémologiques suscitées par l’art chinois et l’empire lointain dont il était issu, en détournant ou en engageant de manière créative les incompatibilités perçues entre les systèmes de représentation français et chinois et les modes de fabrication. Ces objets matérialisaient des compatibilités imaginées entre leurs propriétaires français et leurs homologues chinois dans une période de conscience globale accrue mais dans laquelle l’hégémonie économique et impériale européenne n’était pas achevée.

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