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Dernière modification : 27 août 2015

Penser à partir de l’Inde

Journée d’étude

Penser à partir de l'Inde

14 novembre 2014

"Dans l’introduction de son ouvrage fondateur Provincializing Europe, Dipesh Chakrabarty se demande de quelle manière la pensée est liée au lieu dont elle est issue et il évoque l’omniprésence de la pensée européenne en Inde. Concernant ce second point, on serait aujourd’hui presque tenté de faire le constat inverse, en relevant la présence significative d’auteurs indiens contemporains en Occident. Ce phénomène est d’autant plus remarquable qu’il ne concerne pas seulement le domaine attendu des recherches sur l’Asie du Sud, mais qu’il s’étend bien au-delà, dans les débats universitaires, intellectuels et littéraires qui ont lieu depuis une trentaine d’années. Si de très nombreux travaux ont étudié la manière dont l’Inde a été traduite, définie, voire inventée par l’Occident à travers l’indologie et l’orientalisme, les Indiens ne sont plus toutefois de simples objets de discours, mais ils parlent de, à et avec l’Occident. C’est cette conversation tendanciellement « à parts égales », qui participe d’une certaine histoire globale ou connectée des savoirs et des littératures, que nous aimerions explorer au cours de cette journée d’étude.

À partir de quand et comment a-t-on pensé la contemporanéité des pensées, c’est-à-dire la co-présence en Inde et en Occident de pensées également pertinentes, au moins a priori, pour penser le présent, pour penser au présent ? Et comment ces pensées à partir de l’Inde peuvent-elles interroger, voire reconfigurer les modalités d’écriture de l’histoire, l’organisation des disciplines, les définitions de la modernité ou les pratiques littéraires occidentales ? Ces questions seront d’abord considérées dans le contexte contemporain des études postcoloniales, des études de genre, des études subalternes et des études culturelles, où les auteurs indiens ou d’origine indienne sont omniprésents, mais aussi dans le champ de la littérature.

Pour saisir cette présence des pensées de l’Inde – le pluriel indique d’emblée qu’il ne s’agit nullement d’un ensemble homogène et qu’il ne saurait donc être question d’essentialiser une manière indienne de penser -, nous aimerions également envisager le temps long en remontant jusqu’au début du XIXe siècle. De Rammohun Roy à Tagore et Gandhi jusqu’à Ranajit Guha, Gayatri Spivak, Partha Chatterjee, Dipesh Chakrabarty, Arjun Appadurai, Ashis Nandy, Sanjay
Subrahmanyam, Salman Rushdie ou Arundhati Roy, il s’agira de dessiner une évolution et de rendre compte des transformations auxquelles a donné lieu le dialogue des pensées dites occidentales avec des pensées dites indiennes.

Nous tournant vers les auteurs indiens eux-mêmes, nous aimerions enfin interroger la connexion entre pensée et contexte, traditions savantes et littéraires et inscription géographique ou institutionnelle. À l’issue d’une journée d’étude organisée à l’ENS le 4 juin 2013 autour de l’oeuvre de Valentin Yves Mudimbe et de la philosophie africaine, ce dernier déclarait : « nous pratiquons la philosophie, la coloration culturelle vient par surcroit ». Est-ce seulement « par surcroit » que l’Inde vient, par exemple, « colorer » les études postcoloniales ? L’intérêt que suscitent les pensées « indiennes » en Occident est-il dû à leur indianité réelle ou fantasmée, ou à l’inverse à la manière dont elles s’en détachent : pensées de l’Inde, pensées de la diaspora ou pensées cosmopolites ? En Occident comme en Inde, que signifie donc penser à partir de l’Inde ?

En privilégiant autant que possible une approche pluridisciplinaire permettant un dialogue entre chercheurs venus d’horizons différents (littérature, sciences sociales, indianisme, etc.), nous aimerions concentrer notre attention sur des transferts culturels appuyés sur l’argument d’une contemporanéité des pensées. Les études pourront prendre pour objet des oeuvres ou des auteurs particuliers, des notions spécifiques mais aussi des controverses qui ont fait date."

Journée organisée dans le cadre du séminaire « Orientalismes » par Guillaume Bridet (Université de Bourgogne / CPTC) et Laetitia Zecchini (CNRS/ARIAS/THALIM)

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