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Dernière modification : 6 avril 2017

Edgar Quinet, une conscience européenne

Sophie GUERMÈS – ITEM
Depuis 2016

Résumé

L’Europe a été une préoccupation majeure d’Edgar Quinet. Sa naissance et son enfance coïncident avec l’épopée napoléonienne, sur laquelle il méditera souvent ; il est adolescent au moment où commencent les révolutions issues de la recomposition de l’Europe lors du congrès de Vienne ; adulte, il participe à l’expédition de Morée et voit la Grèce accéder à l’indépendance en 1829 ; il soutient les partisans du Risorgimento au cours de leur long combat ; ami et collègue de Mickiewicz, il se préoccupe du sort de la Pologne ; ses Vacances en Espagne comportent un volet politique très important, que le titre du livre ne laisse pas supposer ; ayant épousé en secondes noces Hermione Asaki, il se passionne pour les Roumains au point de leur consacrer tout un ouvrage. Il a quarante-cinq ans lors du « Printemps des nations », et, professeur au Collège de France, il nourrit sa réflexion de l’actualité observée et vécue. Historien, il explique le présent par le passé. L’avenir de l’Europe est pour lui un souci constant. Dans le chapitre « De la direction morale de l’Europe » (L’Enseignement du peuple, 1850), il montre que les dictateurs déclinent, le culte héroïque ayant récemment fait place à l’Histoire. La légende napoléonienne a cédé devant la réalité, et les pays d’Europe vont de façon irréversible vers la démocratie. Toutefois, Quinet ne fait preuve d’aucun angélisme : la Lettre sur la situation religieuse et morale de l’Europe (1856) le prouve, tout comme la troisième partie de France et Allemagne (1867), qu’il intitule « Point de vue de l’Europe ». Il y dénonce, après Sadowa, les « soubresauts de la conscience en des sens opposés », « l’Europe entière prise en flagrant délit de reniement », et en appelle à la vigilance, au sursaut de la « conscience publique », dans « l’éclipse de la conscience humaine » qu’il constate alors. Il voit les peuples soumis à la Prusse « entrer en Europe, par la porte basse. » Et il rappelle, du fond de son exil, ce qui fait un peuple libre : « conscience du droit, fierté, dignité, caractère ».

Quinet n’a cessé de défendre le système des nationalités et le génie national ; il a lutté sans relâche contre l’esclavagisme moral ; il a réfléchi aux fondements des sociétés modernes, en premier lieu aux origines de la laïcité, réclamant très tôt une séparation de l’Eglise et de l’Etat qui ne se concrétisa en France que trente ans après sa mort, tout en considérant la religion comme « l’idéal vers lequel tend une nation ».

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